CCPSO - Programme 2011/2012
Qu’est-ce qui fait lien ?
La question dite du « lien social » est devenue centrale dans la vie intellectuelle et les débats politiques. Et pas uniquement dans le Journal, les recherches sociologiques ou les spéculations des philosophes. La psychanalyse elle-même est sollicitée et interpellée sinon pour suggérer des solutions en tout cas pour formuler son diagnostic.
Freud lui-même le fit en son temps avec son Malaise dans la culture (1926). Mais auparavant, il s’était interrogé sur ce qui fait lien dans Massenpsychologie und Ich-Analyse (1921) où il mettait en évidence d’une part que « la psychologie individuelle est aussi, d’emblée et simultanément, une psychologie sociale » et, d’autre part, que les fonctions et processus dégagés par l’analyse dans les cures individuelles sont les mêmes que l’on retrouve à l’œuvre dans les institutions sociales éminentes que sont l’Armée et l’Église. Et sans doute pourrait-on ajouter la Famille voire la Nation : identification, amour, père et symptôme (cf. ses trois types d’identification).
Si Lacan reprend à nouveaux frais la question de ce qui fait lien (L’envers de la psychanalyse et « Radiophonie » (1970)), c’est moins pour se démarquer de Freud, ou pour le contester, que pour le radicaliser. Cette option, si elle recycle le syntagme de « lien social » que Durkheim lui-même emprunte à Rousseau, vaut d’abord par l’obligation qu’elle impose de spécifier la question en la complétant : qu’est-ce qui fait lien entre les/des parlêtres ?
C’est dire donc que la question outrepasse celle des liens naturels, biologiques (liens instinctuels qui régissent le monde animal non parlant) pour instaurer l’ordre des discours en tant que « lien social, fondé sur le langage ».
Si l’instinct est insuffisant pour rendre raison du lien social entre parlêtres, c’est bien parce qu’il s’agit d’assurer davantage que la coexistence d’organismes, celle de corps, de corps parlants et jouissants, de corps habités par la parole mais aussi par la pulsion.
Qu’est-ce qui donc les assemble ces corps, qu’est-ce qui les rapproche, les enchaîne, les unit, les noue, bref les fait tenir ensemble ? Ce lien est-il de l’ordre du signifiant ou de l’affect ? Est-ce le langage et ce qui en dépend (langue, aliénation, sens, idéaux, identifications, parole, engagement, contrat) ? Ou serait-ce la libido et ses déclinaisons (pulsion, amour, goûts, plaisirs, satisfactions, plus-de-jouir) ?
Leur articulation dans la catégorie de discours qui livre à la fois la structure de l’inconscient, de la politique et du couple analytique nous servira à cerner au plus près de l’expérience ce qui fait lien pour le sujet, ce qui fait lien dans la cure analytique, ce qui fait lien entre parlants sexués et ce qui fait lien dans le « social ».
Odette, apportes mois mes morts !"
de Gilles Pastor"
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Revue du CCPSO N°13
Reconsidérer l'affect : une clinique de l'imprévisible
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"La répétition à l’épreuve du transfert”
La revue nationale des Collèges cliniques n° 10 - Mars 2011 -
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